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Chine, des casques pour enregistrer les émotions des employés Ouvriers, militaires, conducteurs de train... Des entreprises de l'empire du Milieu dotent leurs travailleurs de casques qui captent leurs émotions. Par Héloïse Pons Publié le 06/07/2018

Publié le 10 juillet 2018 à 10:05

Chine, des casques pour enregistrer les émotions des employés

Ouvriers, militaires, conducteurs de train... Des entreprises de l'empire du Milieu dotent leurs travailleurs de casques qui captent leurs émotions.

Par Héloïse Pons

Publié le 06/07/2018 à 09:00 | Le Point.fr

Plus d'une douzaine d'entreprises et l'armée chinoise ont utilisé un programme développé par un projet de surveillance du cerveau financé par le gouvernement et basé à l'université de Ningbo.

Plus moyen de pester intérieurement contre son patron sans se faire repérer… En Chine, une nouvelle technique de surveillance consiste à faire porter aux employés des casques capables de capter leurs émotions pendant leur temps de travail. Un article du South China Morning Post, repris par MIT Technology Review révèle que ces dispositifs sont déployés dans de nombreux secteurs – militaire, industriel et même dans le service –, notamment chez Ningbo Shenyang Logistics, entreprise de 40 000 employés, qui utilise la technologie pour former de nouveaux employés.


Techniquement, des capteurs sans fil reçoivent les données sur le rythme du cerveau des porteurs, puis les envoient vers des serveurs qui, dotés d'algorithmes d'intelligence artificielle, analysent différentes variations émotionnelles, comme le stress, l'énervement, et même la dépression. « Cela réduit significativement le nombre d'erreurs faites par des employés », certifie Zhao Binjian, un manager, au South China Morning Post, notamment grâce à une « meilleure compréhension entre managers et employés ».

« Un outil de surveillance »

Si l'objectif affiché de ces casques est d'assurer la sécurité et d'optimiser la productivité de l'entreprise, on ne peut pas s'empêcher de penser aux scénarios dystopiques de Black Mirror. N'est-on pas là à deux doigts de la Police de la Pensée d'Oceania dans 1984 ? « C'est une atteinte à la vie privée, un outil de surveillance », s'exclame Laurence Devillers, chercheuse au CNRS, professeur à la Sorbonne et auteur de Des Robots et des hommes. Selon elle, la carte du bien-être au travail n'est qu'un argument pour mieux faire passer la pilule, « c'est Big Brother ! C'est aberrant de laisser penser qu'en surveillant notre activité, on pourra mieux prévenir le stress au travail et augmenter la sécurité, alors qu'on vérifie en fait la productivité ». Mais son inquiétude retombe quand elle s'intéresse aux détails de la technologie... « Ce système ne semble pas d'une robustesse phénoménale, rassure-t-elle, il ne suffit pas de parler de casques avec capteurs pour vraiment détecter des réactions du cerveau liées à des émotions ou du stress, je ne pense pas que ce soit très fiable. »

Difficile à imaginer en France

Du reste, un tel procédé ne semble pas pouvoir s'imposer dans les rangs des entreprises en France. « Au regard du Code du travail, pour justifier une telle exigence, l'employeur doit être en mesure d'expliquer en quoi un tel système serait nécessaire à son activité et que cela n'apporte pas une contrainte disproportionnée, explique Sandra Gallissot, avocate experte en droit des ressources humaines au sein du cabinet Jurisk RH, et ces deux points ne sont pas remplis. » Autre protection européenne bloquant une telle initiative : la RGPD. « Les données personnelles biométriques sont soumises à une réglementation très stricte, et je ne doute pas que la Cnil – intervenant en France pour le RGPD – engagerait une action, et cela même si le salarié donnait son accord pour une telle collecte de données », assure l'avocate au Point.

La Chine ne s'embarrasse pas de telles règles. Elle va toujours plus loin dans des projets aussi futuristes qu'effrayants. En témoignent les oiseaux bioniques qui surveillent les provinces chinoises ou encore le système de « notation sociale » attribuée à chaque citoyen en fonction de ses opinions politiques et de ses moindres faits et gestes, et qui, depuis 2014, a empêché quelque 11 millions de citoyens mal notés de prendre l'avion et plus de 4 millions de personnes de monter dans un train.

 

 


 

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